Ça commence à faire beaucoup. La recharge, pour NW Group, qui possède IECharge, c’est secondaire. Les conteneurs qui jouxtent les bornes sont bien plus centraux dans leur activité première d’équilibrage du réseau que les bornes elles-mêmes. Les IECharge ne sont d’ailleurs pas directement alimentées par le réseau : c’est la JBox qui sert de tampon et alimente les voitures. Le jus disponible pour la recharge est donc variable. Si la batterie n’a plus suffisamment d’énergie disponible, ou si la JBox est mobilisée pour les services d’équilibrage du réseau, la recharge peut être coupée. Et ça peut être instantané. Certaines stations, placées dans des secteurs sans doute plus contraints, jouent manifestement à fond leur rôle côté réseau et deviennent du coup de très mauvaises stations de recharge. Je pense notamment à Trélivan et Melesse : régulièrement indisponibles quand on tente de les intégrer dans un planificateur, ou capables de vous couper la chique après 10 kWh chargés. À 25 cts, dans ces conditions, c’est encore trop cher. L’équivalent des lots de retours Amazon achetés au hasard, transposé à la mobilité électrique : ce n’est pas cher, mais il en découle surtout de la déception. Que IECharge soit victime de vandalisme est un fait. Le placement géographique de certaines stations rend le larcin tellement facile… Mais il y a aussi du laisser-aller. En 2021, l’ambition était de mémoire de 5 000 points de charge à l’horizon 2026. Aujourd’hui, on en est à environ 600 points. La carte IECharge affiche actuellement 79 stations en maintenance, sur un réseau qui tourne autour de 150 stations, et je suis à peu près sûr que dans le lot certaines ont encore tous leurs câbles. Si IECharge semble vraiment moribond, l’expansion des JBox de NW est, elle, indéniable. NW a franchi les 1 000 JBox en service cet été : 787 en France et 213 en Finlande, pour environ 2 GWh de batteries opérées. Impensable il y a seulement cinq ans. Ils sont devenus un acteur majeur du stockage, avec des expansions européennes. Et le stockage d’équilibrage est sans doute en train de devenir quelque chose d’encore plus large. Aujourd’hui, on en est à limiter l’éolien, le solaire et même à moduler davantage le nucléaire pendant les périodes de surabondance de production, de plus en plus fréquentes. Un comble quand on pense qu’en hiver on n’est jamais totalement à l’abri de tirer la langue. NW a donc un rôle stratégique à jouer. Et clairement, ce n’est plus la recharge publique qui semble être dans le viseur principal. Ce qui finit d’enfoncer le clou concernant IECharge, c’est la lecture du site NW Group fraîchement mis à jour, qui présente le futur proche du groupe. OhmBox : système de stockage d’énergie résidentiel piloté. Une sorte de JBox à la maison, qu’on héberge mais dont on n’exploite qu’une partie de la capacité. Pas sûr que ce soit bon pour IECharge. En tout cas, c’est encore une nouvelle direction d’investissement alors que les bornes, elles, se font désirer. TIEBox : même logique, mais pour les entreprises. Même conclusion. Et surtout RNW : NW devient fournisseur d’électricité. La boucle est bouclée. Le stockage, l’équilibrage, la fourniture, les particuliers, les entreprises… La recharge publique devient une activité parmi beaucoup d’autres. Mon sentiment est qu’elle est devenue une activité périphérique, voire presque parasite, pour NW. Tout semble aller dans ce sens. NW ambitionnait de devenir un leader de la recharge en 2021. Aujourd’hui, IECharge est au mieux une originalité dans le paysage, pas vraiment un opérateur de recharge comparable aux grands réseaux spécialisés. Et le contraste est assez parlant : plus de 1 000 JBox construites aujourd’hui, dont 787 en France, mais seulement environ 150 stations IECharge. NW indique lui-même qu’environ 20 % de ses JBox françaises sont associées à IECharge. On pourrait pourtant avoir 4000 points de recharge avec ces JBox... Ce n’est donc pas un retard général de déploiement des JBox. C’est bien un choix : la grande majorité d’entre elles ne sont tout simplement pas affectées à la recharge publique. Ces JBox pourraient pourtant servir de base à un réseau IECharge beaucoup plus vaste. Bien sûr, ajouter une station HPC n’est pas une formalité et demande encore de l’électronique de puissance, du génie civil, du paiement, de la maintenance, etc. Mais le plus gros verrou énergétique, lui, est déjà là : la batterie est installée et raccordée. Conclusion : si vous avez une station qui fonctionne bien autour de chez vous — il y en a — tant mieux, mais priez pour que ça dure. Et si vous scrutez depuis des mois l’arrivée des équipes qui viendront installer des bornes à côté de la JBox que vous avez repérée depuis longtemps et qui fait du bruit : arrêtez, vous vous faites du mal. À la marge, il y aura sans doute encore des installations, et peut-être que les stations existantes seront fiabilisées. Mais d’une certaine manière, NW laisse désormais une bonne partie du gâteau aux opérateurs qui, eux, n’ont pas cette casquette multiple et doivent nous faire payer plus cher. Pour un meilleur service, certes, mais avec un modèle économique probablement beaucoup moins confortable. Et il y a également une raison très simple à ce ralentissement à la lecture de Pappers : les stations IECharge sont désormais entièrement financées en fonds propres. Pendant ce temps, le stockage bénéficie de centaines de millions d’euros de financements dédiés : 430 M€ en 2024, puis encore 220 M€ début 2026 pour accélérer le déploiement des JBox. L’une des activités dispose donc d’une énorme machine financière pour grandir, l’autre doit beaucoup plus compter sur les moyens que NW accepte de lui affecter et sur ce que l’activité existante arrive à générer. Avec, en plus, 79 stations actuellement déclarées « en maintenance » sur un parc d’environ 150, difficile d’imaginer que cette mécanique accélère toute seule. IECharge devait devenir un géant de la recharge, avec encore 1 500 stations annoncées pour 2027 au moment de l’ouverture de la 100e station. Aujourd’hui, avec environ 150 stations, c’est devenu un nain à côté du géant du stockage qu’est devenu NW.