Le point de vue de Boris Cyrulnik :
«Pour la première fois dans l'histoire, on fait passer la vie des individus avant l'économie» (Boris Cyrulnik)
Invité de la matinale de FranceInter, le célèbre neuropsychiatre français Boris Cyrulnik a livré son analyse sur les conséquences de l'épidémie actuelle de nouveau coronavirus en France. Selon lui, on ne devrait pas parler de «crise» mais davantage de «catastrophe» : «après une crise, tout repart comme avant. Là, c'est une catastrophe et non une crise, cela ne repartira pas comme avant.»
Après l'épidémie, «il y aura des règlements de comptes», prédit-il. Selon lui, cette épreuve pourrait même générer, comme après chaque catastrophe dans l'histoire, «un changement de culture» et même une «métamorphose des valeurs sociales».
«Aujourd'hui, on est en train de politiquement massacrer l'argent et la rentabilité pour sauver des vies humaines», constate ainsi le neuropsychiatre. «Avant, on se résignait, on disait : "voilà, Dieu l'a voulu ainsi". Les femmes mourraient en couche (...)». «Pour la première fois dans l'histoire humaine, on fait passer la vie des individus avant l’économie», observe-t-il.
Après la fin de l'épidémie, «beaucoup de politiciens vont nous dire de repartir comme avant, mais si c'est le cas, on va mettre en place les mêmes conditions qui ont mené à la catastrophe, et beaucoup de gens vont s'y opposer», avance Boris Cyrulnik. «L'individualisme nous a coûté beaucoup trop cher», estime encore le neuropsychiatre : c'est lui «qui a provoqué la course au déplacement, et ainsi la transmission du virus».